Les lettres armées

Prenez les armes, prenez les plumes.

Jetez vos balles, jetez votre encre.

Criez mes amis!

Faites parler vos terrains vierges, tâchez-les de rouge et de ratures.

Embrassez la victoire et les mots.

Respirez le bonheur et l’exutoire.

Achevez d’un point ferme la fin de cette histoire.

Remportez la bataille de vos paroles.

Chargez encore, réécrivez votre histoire.

Faites gagner les héros, faites pleurer les mots.

Vous êtes maîtres de ce que tient votre main.

Alors tirez de milles feux sur ces lignes, l’imaginaire de vos pensées les plus victorieuses.

Battez-vous à coups de charbon, à coups bien éguisés.

Et réveillez la guerre de votre âme.

Femme de pluie

J’entends le bruit sourd de la pluie qui ruisselle sur les rues sombres de la nuit. Il me berce. Je réfléchis.

Une fluidité avide guide ses gouttes, une à une, se fracassent contre un sol fragile. Elles me font rêver.

Le vent chante, chuchote des mots dures, des paroles lourdes. Le ciel s’agitte et parle de mélancolie et d’amour. Il me fait craindre le lendemain.

Je me vois dans cet espace vide, mais si pleins de vie. Au milieu de toutes ses gouttes qui caressent ma peau d’un touché presque réconfortant. Je me fonds en elles.

Je suis une pluie, mes yeux font vivre cette tempête douce d’automne. Mon corps fait vibrer le vent de ses profonds tourments. L’eau coule amèrement dans mes veines salées; s’incrustant dans mon ventre vide et paisible.

Je respire la colère et l’air chantant. Je me dépose agilement sur les feuilles mortes, sur les toitures, sur les âmes tristes des nuits sombres.

Je réveille les petites créatures au creux de la terre humide, des pensées endormies. Je réveille la vie et incite la mort.

Je m’évapore et disparaît au doux soleil qui s’éveille.

Je laisse un bref souvenir de mon passage mouvementé; on me piétine sans se rendre compte que je berçais tantôt leur nuit.

Je fus brève et violente, douce et fébrile; je m’éteinds dans la clarté et m’oublie aussitôt.

Au revoir femme de pluie.

Mal docile

S’emplir de tristesse, la prendre comme elle vient, en orage, en torrent.

Fermer les yeux, s’y abandonner, dans sa douceur, dans son calme.

Dans une étreinte presque réconfortante.

Dans ses lieux trop connus, dans son ventre trop profond.

S’y fondre comme une pluie silencieuse dans la mer agitée, comme un vent léger sur des visages mélancoliques.

La laisser s’éparpiller, la laisser glisser sur nos corps trop froids.

En respirer son amertume, son acidité, son odeur poignante.

Et puis en saisir chaque sensation dans nos tempes, dans notre gorge tordue, nos poignets tendus, notre corps crispé.

Et la sentir, sentir venir en soi, comme une mélodie acharnée, aux sons tumultueux, aux vibrations fébriles, au mal docile.

Corps désert

Un corps désert dans une brume amère.

Qui flotte en suspens dans le vent mécontent.

Qui chante des malheurs et compte des horreurs.

Un corps désert dans un champ de guerre.

Où les armes fument à coeur ouvert

Une bataille de feux et d’émois torrentielles, de désolations cruelles.

Où cette femme pleure froidement, son infime bonheur restant.

Son corps désert dans une guerre, une guerre aux milles tourments. Une guerre d’acharnements.

À savoir où la trêve se dessine, outre sous son corps et sa tête enfantine.

À savoir où le corps désert termine d’être en guerre.

Dans sa désertion , dans sa folie, le corps désert sans hôte, ni abri, péri.

Dans les plus pitoyables lamentations humaines, où aucun drapeau blanc se lève; la bataille s’achève.

Le corps désert erre, erre, erre.

Ne connaissant ni mère, ni chair

Rage

Les crises de rages au tapant de ma tête pour l’entendre crier en écho qu’elle existe encore.

L’entendre s’émouvoir dans mon corps crispé, dégonflé, épuisé d’être élargie d’une extrémité en hauteur qui se lance dans le vide, sans emprise, sans raison.

Être prise entre une pulsion folle de vouloir s’éterniser dans le sommeil, et y être contraint comme dans un délire entre deux cauchemars trop réels.

S’échapper, fuir de la réalité paralysante qui intercepte ma tête me fait trembler, m’emmène dans des lieux grotesques.

La mascarade des doigts qui craquent sur la peau qui démange de chaleur qui brûle au cœur.

Compresse le visage, le frotte, cache mes yeux; le noir brouillé m’empêche de respirer, de penser.

Pulsion de rage, de folie; j’ai mal au corps.

Pression qui écrase, qui se laisse au sol, trébuche dans ses pattes en barbelés. M’écorche les jambes, les bras, le visage, l’âme.

Me ruine sous mes yeux, dans le profond de mes pupilles qui se dilatent en rage.

Aimez encore

– « Pourrait-je aimer encore? Pourrais-je en aimer une autre? L’amour ne prend-t-il pas fin lorsqu’on vous arrache cette personne de votre vie? »

– Et si cette fin ne serait pas, peut-être me trompé-je, le prolongement de quelque chose d’autrefois joli et heureux. Oû revit un amour passionnel, toujours en tête néanmoins cette personne, n’empêche pas l’autre. Le monde est si beau que l’on ne peut qu’être charmé une seule fois. On est amoureux d’une autre façon, d’une autre vie, mais on voyage avec l’amour! Oui, on voyage. On butine, sans but hélas parfois, mais il arrive qu’on sème nos tristesses ailleurs pour qu’elles puissent éclore en de belles fleurs encore et encore. Les fleurs ne seront pas toujours aussi vives et charmantes, ne seront jamais aussi parfaite que la première cueillie; de toutes nos forces, de toute notre âme. Or, elles en seront des descendances qui prolifèreront d’une pureté en soi. 

– Allez ne soyez pas si maussade, respirez l’air frais de ces plaines prudes qui fleurissent en éclat sous vos yeux éteints. Laissez-les transpercer votre âme et refléter en vous cette beauté qui dort sous une nostalgie lourde. 

– Vous êtes beau mon cher, vous êtes doux comme ces vents encore jeunes et craintifs qui soufflent sur cette terre…

Aimez encore

Plus un maladif

Vivre avec toi c’est comme ne jamais savoir si on rentre chez soi la nuit.

C’est ne jamais savoir si tu m’ouvriras la porte pour que je m’installe à mon aise et me sentes bien.

C’est sans cesse se sentir mal de se présenter. Et je sais que je ne devrais pas te laisser faire. En vain.

C’est à croire que c’est moi qui devrait te quitter. Partir de chez moi et ne plus revenir. Cet espace qui m’appartenait autrefois, tu l’as fait tien.

Car vivre avec toi c’est vivre avec moi même. Parce que je t’ai accueilli, t’ai ouvert tard la nuit et depuis tu ne pars plus. Je ne peux plus espérer que tu quittes de toi même sans rien casser.

Tu es moi.

Je te dis de te bouger, de ramasser les tristesses que tu laisses traîner un peu partout.

Tu débalances ma vie.

Et même si tu quittes, je te sens encore. Tu as semé ton odeur un peu partout.

Et vivre avec toi – avec moi – me donne mal au coeur.

Maladive de mon hôte.

L’eau de tes joues n’est pas étanche comme celles des grandes eaux

Je me suis enfouis dans le creux des océans infinis

J’ai couru dans le fossée des dunes oubliées

J’ai pleuré sur les côtes profondes des mers en deuil

Je suis partie pour oublier la douleur submergeante des vagues violentes

Car personne ne reste debout sur le pont lorsque la tempête frappe

Mais j’ai voulu tester mes jambes en raz de marée

Et trop tard j’ai réalisé

Qu’une fois la haute passée

Je disparaîtrai sous la dernière acolade de la mer à la terre

Et je me suis noyée

Avant même de m’avoir avoué incapable de nager

Dernière représentation à l’affiche

Je pourrais prononcer la mort et faire valser sa douleur sur mes lèvres si agilement que personne ne cernerait ce désir malsain.

Je danse de douleur chaque nuit, je ressens les percussions dans chacun de mes os et agrippe ce que je peux sur le passage et l’entraîne dans ma danse sauvage.

Regardez-moi bien me donner en spectacle chaque jour comme si c’était le dernier, car voilà ce qu’est ma réalité ; une mise en scène farouche, agile, douloureuse, qui ne se donne qu’une fois, qui n’accepte aucun rappel et qui s’achève de sa force à chaque représentation.

Regardez-bien cette fin mélodramatique qui ne fera verser aucune larme, jamais plus.

Je m’égare

Vous rappelez-vous la fois où j’ai dit avoir ouvert une porte? Une porte qui s’ouvrait sur de la lumière.

Vous l’aviez ouverte pour moi, je n’aurais jamais su comment le refaire. Mais j’ai su comment la fermer.

Et violemment je l’ai fait, je l’ai même barrée. Je pense même avoir égaré les clés, j’ai égaré bien des choses si vous saviez.

Je me demande si un jour vous avez eu peur pour moi. Est-ce que vous vous en doutiez? Pourriez-vous vous en rappeler? Tout comme cette porte? Et les notes que j’ai laissées? Les mots que j’ai prononcés? Les silences que j’ai créés? La douleur que j’ai tuée?

Était-ce le fruit de mon imagination encore? Cette sensation bizarre de croire qu’on affecte les gens alors qu’on est qu’une minime et infime personne.

Je pense que je suis en train d’oublier aussi. J’oubli un peu tout, j’oubli qui je suis, j’oubli les gens autour de moi.

Elles sont où ces clés, je m’égare encore, je ne sais plus où je suis. C’est un endroit familier, mais encore plus étranger que dans mes souvenirs. C’est encore plus sombre quand la porte est fermée. Et la pièce a rétricie aussi? Est-ce que c’est la même? Est-ce que je me suis enfermée dans une pièce qui n’avait peut-être jamais eu de poignée pour sortir et je cherche quelque chose que je ne peux pas trouver?

Je m’égare…

Petits chiffres

Des petits chiffres courent partout dans ma tête, ils ont l’air heureux à se coller entre eux, à créer des files de petits chiffres qui rient en attendant une espèce de descente comme dans un parc d’amusement.

Mais moi je n’en vois aucun, aucun amusement, ils me torturent avec leur petit sourire malicieux en 8, en 250 en 1000.

Je veux voir les couleurs, je veux voir les odeurs, mais je ne vois rien. Rien de celà dans tous les cas. Je vois plutôt les autres, ceux qui font comme si ces petits chiffres n’existaient pas et je m’acharne à cerner leur secret.

Ça en fait beaucoup de petits chiffres, ils me font peur parfois à les voir grandir, à prendre des airs supérieurs et à tirer les petites ficelles dans ma tête.

Je leur ai offert mon amitié un jour, ils m’ont tiré la langue en retour. J’ai fait de même, j’ai tiré la langue et tout le reste, avec un air de dégout et de mépris.

Mémoire musicale

J’entends dans les tunnels de mes cavités, des tonalités et des échos qui me sont trop connus

J’essuie sur mon corps des notes déjà jouées et répétées

J’avance sur le rythme, tout droit devant sans regarder, les yeux fermés, pour être guidée au bout de la mélodie

La mélodie prend tout doucement sa fin, mais je continue d’avancer, je suis hors rythme, j’ai faussé

Les notes se tortillent sur les feuilles, se mêlent et s’entrelacent entre elles

Devant moi un grand néant sourd et écho, des noires et des blanches entrecoupées

Des parcelles d’harmonie à l’abandon, des couplets coupants, des paroles lourdes, trop lourdes

Le néant n’est plus sourd, il est vif, épais, lourd, abasourdissant

Un vacarme silencieux

Je suis née « catastrophe naturelle »

Ça fait longtemps que mes doigts n’ont pas joué avec les mots de mon esprit dérangé.

J’essaye de croire en cette vie moins souffrante, en cette vie éclairée, mais les orages passent sans cesse et même les plus silencieux sont des catastrophes.

Peut-être que c’est moi, dans le fond, la catastrophe, la catastrophe naturelle.

Naturellement née instable et sombre, prête à tout casser aux moments les plus inusités.

J’ai l’impression de m’étouffer dans mes propres nuages noires, je suis remplie de pluie et d’éclairs.

Des éclairs que mes yeux mouillés lancent sur mon propre reflet, des éclairs qui pourraient me transpercer le corps sans que ça me dérange.

Je me sens seule comme un petit nuage, je me sens dévastatrice comme une catastrophe naturelle.

Mes yeux coulent comme un ciel gris et je me demande il est où le beau temps après la pluie?

Ah la rêveuse!

Elle avait le regard rêveur qui se jettait dans les hauteurs de la ville Montréal.

Elle observait la liberté des oiseaux aux sons des mots de sa (magnifique) langue latine.

Elle suffocait d’être séparé d’eux par une épaisse vitre. Elle suffocait de l’intérieur de se sentir dépourvue d’esprit face à ses pairs. Elle se sentait bête, angoissée et maladroite.

Elle était fatiguée, fatiguée de ne rien comprendre et de sentir inconnue ou incomprise?

Le ciel était encore tout fatigué lui aussi, il avait trop dansé avec la nuit comme elle l’avait faite tous les jours de sa vie. D’une danse tordue, saccadée, épuisante.

Elle tentait de contenir toutes ses émotions dans son petit corps de fille, de femme?

Ses yeux criaient cette journée là, comme tous les autres jours d’avant et ceux à venir.

Elle rêvait, tellement qu’elle oubliait de se concentrer.

Ah la rêveuse! La rêveuse de jour!

La nuit, les rêves sont absents, les paroles également.

Elle attends sagement, la torture du lendemain, la torture de ses pensées rêveuses…

Tic-tac, le temps d’une vie

Mon horloge de vie avance d’un coup d’aiguille dans quelques heures. Je suis toujours étonnée, étonnée que minuit n’est pas encore sonné.

Le temps avance vite, tout me passe entre les doigts; les rires, la joie, la vie.

Nostalgique? Non, ce n’est qu’un autre coup d’aiguille qui frappe mon cœur de ses tic-tacs malheureux.

Je suis toujours jeune. Jeune, mais si désuète. Ah la jeunesse! Si cherchée de nos jours, pourquoi?

Des questions, des questions qui s’accumulent avec le temps, des nuits qui se raccourcissent de plus en plus pour y répondre…

Ah le temps! Le vide du temps, le vide de mon horloge, le vide…

Profitez de ces temps malheureux, profitez des tic-tacs monotones, avant que le temps qui passe trop vite vous rattrape. Avant que les tics-tacs devient trop lents et plus tristes… Profitez, disent-ils!

À toi

À ses airs de désinvoltes

À sa présence morte

Mon regard mélancolique se prend

Dans les profondeurs de ce tourment

De tout mon corps je vibre

Sous son visage de marbre

Colère m’emprisonne

Passion me pressionne

Et de sa tristesse se joint la mienne

De cette âme inconnue fuyante

Qui torture mon esprit tordu

Je te dis salut

À toi, tout bas

On ne sort pas de cet enfer vivant

Personne sors de cet enfer vivant, on se consume miette par miette avant de pouvoir respirer un bon coup sans avoir le sentiment que la mort a de l’avance sur nous. On court sans arrêt vers un but sans fin, où la folie règne sur nos corps desséchés, où la détresse pleure dans nos yeux, où notre coeur cesse de battre. On se regarde de haut et on comprend qu’on est petit -une infime partie de nous erre un peu dans notre corps. Mais dans la terreur d’une âme abandonnée, on est petit et on ne sort pas de cet enfer vivant.

Petit être

À tous ceux qui oseront poser leur yeux

Sur ce petit être malicieux

À ceux qui oseront poser l’âme

Sur cette beauté infâme

Auront le malheur de se voir torturer

Sous une douce mélodie saccadée

Sous de petits cris prisonniers

D’une douleur d’amour superficielle

Qui tirera les ficelles

Des derniers nerfs à vifs qu’ils vous restent

Et de ces restes, ce petit être malheureux mangera les miettes